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FINANCEMENT / INVESTISSEMENT

Statut fiscal du bailleur : des décisions budgétaires qui freinent la fiscalité immobilière et pèsent sur les investisseurs

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Le 30 novembre 2025, le Sénat a adopté la création d'un statut dédié aux bailleurs privés, inscrit dans le projet de budget 2026, avec l'objectif de relancer l'investissement locatif des particuliers et de soutenir l'offre de logements dans un marché sous tension. Cette mesure entendait apporter une réponse aux difficultés persistantes du secteur, en réaffirmant le rôle de l'investissement privé dans la production de logements. Cependant, l'échec de la commission mixte paritaire à aboutir à un compromis sur le projet de loi de finances a conduit le gouvernement à recourir à une loi dite « spéciale », prolongeant l'incertitude budgétaire. Ces arbitrages successifs nourrissent une instabilité fiscale et réglementaire qui inquiète les investisseurs. Retour sur les réactions des professionnels de l'immobilier face à ce nouveau statut.

Nouveau statut du bailleur privé : un coup de pouce fiscal encore en suspens

Le 30 novembre 2025, dans le cadre de l'examen du budget 2026, le Sénat a adopté le nouveau statut du bailleur privé, déjà validé par l'Assemblée nationale le 14 novembre. Ce dispositif résulte d'un compromis entre groupes de gauche, du centre et de droite, et prévoit un amortissement fiscal dégressif selon le type de logement : 3,5 % par an pour un logement neuf à loyer intermédiaire, 4,5 % pour un logement social et 5,5 % pour un logement très social, dans la limite de 80 % de la valeur du bien et 8 000 euros par an pour deux logements maximum.

L'avantage fiscal est conditionné à la signature d'un bail de 12 ans minimum, pour une résidence principale louée à un tiers non familial, avec des loyers plafonnés alignés sur les niveaux des logements conventionnés, soit environ 15 % en dessous du marché. Le dispositif s'appliquera à tous les investissements locatifs réalisés entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2028.

Au-delà du contexte budgétaire, c'est le contenu même du statut fiscal du bailleur privé qui suscite de nombreuses réactions. Ses modalités, jugées peu incitatives, interrogent les professionnels de l'immobilier quant à sa capacité réelle à relancer l'investissement locatif dans un marché déjà sous tension.

Un statut jugé insuffisant pour relancer l'investissement locatif

Malgré son adoption, le nouveau statut du bailleur privé ne devrait pas permettre de relancer l'investissement locatif. C'est le constat dressé par la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) et l'Union des syndicats de l'immobilier (UNIS), qui pointent un dispositif largement affaibli par les arbitrages budgétaires récents.

Dans un communiqué publié le 2 décembre, la FPI estime que « le Gouvernement a transformé une réforme structurante en coquille vide ». L'organisation professionnelle dénonce notamment la baisse du taux d'amortissement, ramené de 5 % à 3,5 %, le plafonnement de l'avantage fiscal à 8 000 euros par an, ainsi que le maintien du plafond du déficit foncier à 10 700 euros. Pris séparément, ces paramètres fragilisent l'équilibre économique de l'investissement ; cumulés, ils en annulent, selon la FPI, tout effet incitatif, voire génèrent un impact négatif.

Si la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a mis en avant un mécanisme permettant de « neutraliser en 25 ans une opération d'investissement de 300 000 euros » dans le cas d'un logement neuf à loyer intermédiaire, les projections de terrain apparaissent moins favorables.

D'après les calculs de la FPI, pour l'acquisition d'un logement locatif neuf de 240 000 euros, l'effort d'épargne mensuel passerait de 400 euros à 700 euros dans la version actuelle du dispositif. Dans ces conditions, la fédération estime que « ce statut vidé de son contenu ne relancera pas l'investissement locatif » et « ne produira pas un logement de plus ». Elle en appelle à la responsabilité du Parlement et du Premier ministre, espérant que la commission mixte paritaire rétablira le statut du bailleur privé dans sa version initiale.

Un statut à la rentabilité jugée insuffisante

Pour Stéphane Desquartiers, fondateur de SD Conseils et Formations, le constat est sans appel. Invité en décembre 2025 sur le plateau de L'Expert de l'Immo sur BFM Business, il a exprimé une forte déception face au nouveau statut du bailleur privé, attendu de longue date par la profession. « Cela fait dix ans que l'on attendait un véritable statut du bailleur privé, et nous avons finalement un dispositif qui se rapproche davantage de celui du bailleur social », observe-t-il.
Selon lui, les plafonds de loyers, nettement inférieurs à ceux du dispositif Pinel, constituent un premier frein majeur. « Ils sont très bas, bien plus bas que sous le régime Pinel », souligne-t-il, pointant une rentabilité insuffisante pour attirer les investisseurs. « Il n'y a pas de rendement. Le rendement brut est médiocre, voire inexistant », insiste-t-il.
Si le dispositif prévoit des mécanismes d'amortissement fiscal, leur portée reste, selon l'expert, très limitée. Ces avantages ne s'appliquent qu'aux revenus fonciers et à condition de conserver le bien sur le long terme. « Ces économies d'impôt sont provisoires : en cas de revente entre 12 et 15 ans, elles sont en grande partie reprises via la taxation des plus-values », précise-t-il.
Dans ce contexte, Stéphane Desquartiers estime que le dispositif « n'offre aucun réel intérêt pour les bailleurs privés » et ne permettra pas de relancer le marché. Il alerte également sur l'état actuel de l'investissement locatif : « Le marché est bloqué depuis des mois. Les investisseurs attendent, rien ne se passe. Le secteur espérait un nouveau souffle avec ce statut, mais clairement, il ne viendra pas. »

Pensé comme un outil de soutien à l'investissement locatif privé, le nouveau statut fiscal du bailleur suscite de nombreuses interrogations parmi les acteurs du secteur. Ses modalités, notamment en matière de plafonds de loyers, de durée d'engagement et de mécanismes d'amortissement, alimentent le débat sur sa capacité à répondre aux enjeux actuels du marché locatif.

Dans un contexte de tensions persistantes sur le logement et d'incertitude budgétaire, les professionnels de l'immobilier soulignent l'importance d'un cadre fiscal lisible et stable. L'efficacité du dispositif dépendra désormais de ses conditions de mise en œuvre et des éventuels ajustements à venir, alors que l'investissement privé demeure un levier central pour l'offre de logements.

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